Historique de l’aéro-club du Haut-Rhin

 Section Vol à Voile

L’aéro-club du Haut-Rhin existe officiellement depuis 1930, son histoire est tout aussi intéressante que celle de l’aviation.
Nous verrons dans l’ordre :

  • les débuts de l’aérodrome grâce a une société automobile et aéronautique ;

  • la Grande Guerre 14-18 sur l’aérodrome, où de grand as ont volé comme Ernst Udet (62 Victoires).

Dans les années qui ont suivi, l’activité aérienne était rarement due à un aéro-club mais plutôt à des pilotes privés comme Emil Jeannin qui battit de nombreux records. Durant la seconde guerre mondiale, l’activité sur l’aérodrome fut mise entre parenthèses ;

  • l’après-guerre et la naissance de l’aéro-club ;

  • l’activité vol à voile reprit en 1946 et dure jusqu'à nos jours.

Les débuts de l’aérodrome

Le terrain de Habsheim, situé sur le ban de la commune de Rixheim et non sur celui de Habsheim, est un ancien champ de manœuvres de la cavalerie prussienne (pour ceux qui ne s’en souviennent plus, rappelons que l’Alsace était occupée par les Allemands, puisque cédée avec une grande partie de la Lorraine par l’état Français au cours du traité de paix signé à Francfort en mai 1871).

Choisi et aménagé en 1909 par la société Automobil & Aviatik ayant ses usines à Bourtzwiller (aujourd’hui à l’Est de l’Aérodrome) comme terrain d’essai pour ses machines volantes.

 

Logo d’Aviatik

 

Société crée par un Mulhousien Georges Châtel,, le Bâlois Ludwig Holzach et le pilote Mulhousien Emil Jeannin.
Ce troisième serait le «Roi des Aviateurs Allemands», d’après l’expert de l’aviation Alsacienne que fut le Dr Jean Marie Seither.
Emil Jeannin, suite à des études d’ingénieur, rejoint comme associé la société de son frère, la «Argus Motor und Gesellschaft» crée en 1906. Cette société fabrique des moteurs pour bateaux racers. Ayant acheté un Farman dans le but de proposer les moteurs Argus à l’aéronautique, Jeannin apprend à piloter et en attrape vite le virus.

Carte postale avec E. Jeannin

Cinq semaines après la première traversée de la Manche, Jeannin crée avec ses associés la société Aviatik GmbH qui deviendra Automobil & Aviatik AG. Durant 4 ans, les "Aviatik" vont accumuler les records du monde à Habsheim. Le 1er avril 1910, par exemple, un record du monde d'altitude à ... 160 m.
La firme industrielle inclut une école de pilotage dont le chef pilote est Emil Jeannin à Habsheim. Jeannin délaissera ces fonctions pour se lancer dans la tentative de records, et comme il en gagne pas mal, cela lui permet d’empocher des sommes non négligeables.

En 1910, à l'image de Reims, Berlin ou Nice, le premier meeting est
organisé à Habsheim les 2,3 et 4 juillet 1910

Par exemple, en 1910, les gains de Jeannin se monteront à 104.000 marks alors qu’un ouvrier spécialisé vit bien en gagnant 2000 marks annuellement. Ces afflux d’argent permettent à Jeannin de côtoyer la société huppée, et il sera la coqueluche de ces dames.
Jeannin arrêtera sa carrière de pilote en 1912, suite à un crash à Neuenbourg en 1911, dont il sortira indemne mais très marqué. Il se consacrera par la suite à sa nouvelle entreprise créée sur le terrain de Johannisthal près de Berlin, ce sera le début des avions Jeannin.
Parmi les recordmen, il y a aussi Charles Ingold von Röthenbach qui battit le record de temps de vol le 7 février 1914.

Charles Ingold

L’usine Aviatik de Bourtzwiller continuera ses fabrications jusqu’au début du conflit de 1914, la société produisait alors en moyenne six appareils par semaine.
Dès la déclaration de la guerre, toute la production est réquisitionnée, puis armée sur ordre du Kaiser. Le terrain de Belfort où stationnent les Forces Françaises n’est qu’à 46 km à vol d’oiseau.
Aussi les bombardements des objectifs militaires seront-ils de plus en plus nombreux, et Aviatik n’y échappera pas, les unités de productions seront soit détruites soit transférées a Fribourg et Leipzig. Aujourd’hui les fondations des hangars dans le Sud-est du terrain sont encore visibles tandis que celles du Nord-est ont été rasées lors de la construction de la base Legay de l’ALAT.

 

La grande guerre

Durant la guerre, les batailles aériennes confrontaient les Français (au départ de Belfort-Chaux) et les Allemands (partant de Mulhouse-Habsheim ou Colmar).
Durant cette grande guerre, de grandes figures emblématiques sont passées à Habsheim, comme Ernst Udet (surnommé «d’r Knägges», terme Mulhousien signifiant jeune, cadet), as ayant 62 Victoires confirmées.

Udet est le deuxième pilote allemand par le nombre de victoires homologuées.

Fokker E.III Eindecker similaire à celui d'Ernst Udet

Ernst Udet (à droite)
Pose à coté de son Fokker E.III Eindecker (=monoplan)

 

Les batailles aériennes se résumaient souvent à des bombardements d’usines.
Suite à ces bombardements, une escadrille de chasse équipée en 1914 de Fokker E.III protégeait le terrain et la ville.
Parmi les faits historiques, eut lieu ce qui fut qualifié par la presse allemande de 1er combat aérien mondial entre deux formations, car jusqu’au combat du 18 Mars 1916, il ne s’agissait que d’escarmouches de moindre importance.
Voici l’histoire de la journée du 18 Mars 1916 :

Quatre avions allemands décollent de Habsheim pour aller bombarder le terrain de Belfort, car la plupart des français décollent de cet endroit. N’ayant pas pu atteindre leur objectif, ils larguent leurs bombes sur un village des alentours du terrain, occasionnant des morts civils.

  • En guise de représailles, les aviateurs français reçoivent l’ordre de détruire le terrain allemand.

  • Onze Fokker monoplaces E.III dont celui piloté par Ernst Udet et un bimoteur AEG/Siemens triplace vont à la rencontre des 18 ou 23 bombardiers français Farman-Caudron et Breguet. Vers 17 heures un premier allemand est abattu au-dessus de Brunstatt tandis qu’un français coupé en deux s’écrase dans le Tannewald, suivi d’un second, qui tombe en flammes. Au cours de cette mêlée, un aviateur français est littéralement éjecté de son cockpit  (il faut imaginer les avions de 1916 très rustiques) et s’écrase au sol. Durant cette empoignade, le pilote d’un bombardier français, au cours d’un combat singulier contre le seul bombardier triplace allemand, se voyant en flammes, jeta son appareil contre son ennemi, l’entraînant dans sa chute. Un monument sera érigé en 1916 à la mémoire des trois aviateurs allemands. Alors que les Français se replient, un de leurs appareils, séparé du gros de la formation, est abattu au-dessus de Lutterbach.

Stèle en hommage aux trois membres d’équipage qui ont été percutés par un bombardier français

  • Bilan : huit morts côté français et quatre côté allemand pour 78 bombes larguées… à la main. Quant au terrain de Habsheim, il subit de sérieux dommages. On releva 25 morts, aussi bien civils que militaires.

Durant la guerre, parmi les figures emblématiques qui sont passées par Habsheim, il y a William Edward Boeing, neveu d’un industriel en tissus d’ameublement à Mulhouse-Dornach.
Ayant accompli plusieurs stages et sa formation au pilotage chez Aviatik, il s’expatrie en Amérique et lance à Seattle avec le Commander Group Captain Westervelt de l’US Navy la construction d’un premier avion qui ressemble à un Aviatik, hormis les flotteurs : le B&W.
Le 1er vol d’essai de cet hydravion a lieu le 29 juin 1916.
Confiant en sa réussite, il fonde 15 jours plus tard, sa propre société ; «Pacific Aero Products Company» qui deviendra en avril 1917, «Boeing Airplane Company»…

William Boeing en 1916

 

L’après-guerre et la naissance de l’Aéro-club 

Le 18 décembre 1928 est créé le 1er aéro-club qui s’appellera Aéro-club de l’Hélice, avec comme unique activité le vol moteur. Le club n’était alors équipé que d’un seul avion, un Hanriot, et comptait deux sections : celle d’Altkirch et celle de Mulhouse.

La section d’Altkirch disposait d’un terrain sur lequel à été bâti l’actuel Hyper Leclerc.
L’année suivante Joseph Kempé, vice-président du comité de la section fonde le club planeur en construisant un planeur avec une dizaine de membres, un Avia XI A.
Les premiers vols seront effectués au Sandow. C’est le second club vol à voile d’Alsace après celui de Thann créé quelques mois plus tôt. Kempé ne trouvant pas le système du Sandow pratique récupère une vieille camionnette et la transforme en Treuil. Sans aucune formation que celle pouvant être trouvée dans quelques livres, voire rares revues spécialisés, la petite équipe se mit à voler, apprenant «sur le tas» au cours de «sauts de puce» avec le treuil, sur le seul planeur école monoplace.
Ils furent des précurseurs.
En 1930, naissance de l’Aéro-club du Haut-Rhin, avec à sa la tête Arthur Arni. Il comporte deux sections, l’Ecole de pilotage et celle de l’Aviation Populaire.
Pendant 3 ans, L’Avia XI A a permis à de nombreux membres de s’initier au vol sans moteur. Mais les plus expérimentés se sentaient frustrés de ne pouvoir accomplir de vols de durée supérieure à deux ou trois minutes, encore plus lors de la perte de l’Avia XI A dans un crash en 1933.
Depuis 1931, Joseph Mure de Rixheim, s’était attaqué à l’étude et à la construction d’un planeur monoplace de performance de 18 mètres d’envergure, ne pesant pas plus de 220 kg à vide. Il avait une finesse extraordinaire à l’époque et s’appelait «Mulhouse». L’état homologua l’appareil comme «Meilleur Planeur de France», mais ne lui donna pas de suite malgré les belles promesses. Faute de crédits auprès des banques ni des appuis techniques et commerciaux indispensables, il ne sera construit que le prototype. Une formidable chance venait d’être gâchée.
Dès la déclaration de guerre en 1939, le «Mulhouse» sera mis à l’abri dans une grange du côté de Cernay. Et ce serait en 1940 ou 1941 que des gens bien intentionnés auraient saccagé la machine pour soi-disant éviter qu’elle ne tombe entre de mauvaises mains. Durant la guerre, l’activité aéronautique de Mulhouse-Habsheim sera suspendue.

 

L’aéro-club de 1946 à nos jours 

Après la guerre, le vol à voile est la première activité à reprendre sur l’aérodrome. Fin Mars - début Avril 1946, le Vol à Voile reprend son activité avec deux SG 38 (de finesse 10) récupérés en Allemagne et de deux Castel 301S et 301 P. Le contexte du Vol à Voile Français d’après-guerre est particulier : dès 1945, l’état Français équipe les centres Nationaux de Vol à Voile de planeurs pris à l’Allemagne. Puis l’état va construire des planeurs allemands «sous licence», comme le Nord 1300, qui est une copie du SG38.
Au club, l’élève apprendra d’abord à voler sur un simulateur posé sur un pivot, à coordonner pied et manche. Les planeurs sont soit lancés au Sandow qui permet d’atteindre une hauteur d’environ 20m en plaine, soit au treuil de 1ere Génération à moteur V8. Un hangar a été réquisitionné et remonté.
Henri Reinhart est la cheville ouvrière du club d’après-guerre, breveté moniteur de planeur, sous-officier de réserve de l’Armée de l’Air. Il fut nommé en 1946 responsable de la section Vol à Voile.
En 1949, le club prend de l’ampleur et compte trois autres planeurs, un Caudron C800 (finesse de 19.7), un Nord 1300, et un émouchet SA-103.
Le club réalise par la suite de belles performances en 1950 puis en 1953, en battant de nombreux records de distance. Le club Vol à Voile avait en 1956 la première place parmi tous les clubs de l’est de la France.
En 1954, le club effectuera les 1er essais de remorquage avec le Stampe du club Moteur.
En 1956, le club améliore son parc planeurs, disposant à présent de deux Caudron C800, un Emouchet SA 103, un Emouchet SA 104, un Nord 1300, une aile volante Fauvel AV36, un Castel C301, et Nord N2000.
Année après année, le club rassemble de plus en plus de membres et de matériel avec la réception d’un Javelot en 1960 : c’était un planeur révolutionnaire grâce à sa structure. Dans la même année, le club exploite de nouvelles techniques de vol comme le vol d’onde.

En 1960-61, l’ALAT installe la base Legay à Habsheim et construit une base en dur en 1964.